De-Vinh qui je suis!

Sur ce blog, vous pourrez trouver des informations aussi diverses que la fabrication d'étui en peau de varan, l'évolution de mon potager et des conseils de jardinage, des photos de mes voyages, etc etc...
A noter que "bo" veut dire boeuf en vietnamien ! On ne renie pas ses origines!

mercredi 6 avril 2011

part 36 - Gardien de buffles

Je vous avais laisses sur l episode mouvemente de la journee des ancetres...et avais finalement reussi a arriver au village de Phuc Sen !

"Se réveiller au-dessus des buffles"

6 avril 2011, Phuc Sen, Nha Thim

Hier soir, em Huong et moi avons veillé jusqu'à tard. Durant la nuit, la pluie arrive ; mais le toît en tuiles est bien conçu et pas une seule goutte d'eau dans la maison. J'ai plutot bien dormi, parfois réveillé par les cochons qui tapent la discute. À 5h15, je suis réveillé par les bruits de em Huong qui se lève...et à 5h45, Bàc Bach arrive pour discuter!
Cela fait quelques jours que je ne l'ai pas vue mais à 65 ans elle est toujours aussi enjouée malgré qu'on ne se comprenne pas beaucoup. Son nom est Bach mais j'ai rajouté Bàc pour que vous sachiez qu'elle est plus âgée que mes parents. J'ai rajouté Em devant Huong pour vous dire qu'elle est plus jeune que moi. Sinon je l'aurais appelée Chi (grande soeur).
À 6h, coupure d'électricité...
Em Huong me tend l'unique brosse à dents familiale, et son tube d'exfoliant Garnier (?- c'est écrit en français) pour me laver le visage. On chauffe l'eau sur le feu.
On réchauffe tous les plats d'hier, soit à la vapeur, soit directement dans le wok.
Je prends le petit déjeuner avec Em Huong et Bà Thim. Bà Thim me dit qu'elle a parlé avec ses amies et que finalement comm il pleut elles iront à Cao Bang demain! Et que je peux donc rester dormir une deuxième nuit chez Bà Thim! Quelle bonne nouvelle!
Em Huong doit partir au lycée, et je fais vite fait quelques photos numériques des maisons du village pour vous montrer.
Bà Thim me dit qu'elle doit aller s'occuper de son jardin! Evidemment je lui propose de l'accompagner, mais elle ne veut pas car elle dit que le chemin est très sale et le jardin très loin, et qu'il pleut trop.
Bon, j'insiste et lui dis que je serais content de voir son jardin. Je ne sais pas trop dans quoi je m'engage.
Bà Thim me prête des bottes et un chapeau conique - avec ma veste Nung je passerais presque inaperçu! (d'ailleurs l'autre jour j'ai été pris en photo avec Minh, par une touriste).
Nous prenons les deux buffles, le bœuf, le cheval et le chien, du riz gluant pour midi (pas d'eau?). Je glisse mon boitier sous ma veste, avec deux films. A cause de la pluie et la brume, la luminosité est très faible.


Le chien guide la marche, il connaît bien le chemin.
Nous attachons le cheval dans la plaine.



Tout d'abord nous marchons 500m sur la route, puis coupons à travers de grandes plaines et plantations, direction les montagnes...sur à peu près 1km. C'est magnifique. Nous marchons au milieu de dizaines de tombes.


À chaque parcelle que nous dépassons, je me dis que c'est la dernière et que nous allons arriver. Mais non.




Arrivés au pied de la montagne, nous commençons à prendre un minuscule sentier qui mène vers le sommet. Les passages sont étroits, extrêmement rocailleux, et à certains moments les buffles roulent pare-choc contre pare-choc (ou bien marchent cornes contre fesses). Il n'y aurait pas là place de faire demi-tour!


Nous passons devant quelques jardins. Le dénivellé est assez important et les cailloux très instables. Sans compter la boue présente partout. Boue avec cailloux dessous, c'est traitre! Mais rien à voir avec l'expédition motorisée d'hier!


Très vite, malgré la bruine, je me mets à transpirer comme un veau, ou probablement plus. Les buffles, eux, sont peinards. Le paysage est magnifique. Je veux absolument faire des photos de cette expédition mais mes compagnons marchent trop vite, je suis encombré de ma veste, mon grand chapeau me gêne pour viser, j'ai le sac de xoi à porter, je dois surveiller où je mets les pieds...


Je pense que l'on a marché très, très loin. Et ça continue de monter.

Nous finissons par arriver au...bout du chemin! Celui-ci n'existe plus. Le jardin de Bà Thim est là. Au départ il me semble petit : 50m2. Puis je remarque qu'il y en a un autre derrière, en terrasse. Puis un autre plus grand. Etc.


En fait, Bà Thim me dit qu'il fait 5 000m2! Je veux bien la croire : j'ai eu neuf heures à le faire en long, en large et en travers.

Il est environ 7h30. Je ne sais pas à quel heure nous repartirons, ni ce que nous allons faire.

Il n'y a que des lignes de maïs, aux doux noms de Ngk44 F1 et autres Ngk66 F1. Monsanto serait-il passé par là?...


Bà Thim me dit qu'elle a semé 6kg de semences. Et qu'elle en récolte une tonne (ce qui me semble franchement peu - j'ai peut-etre mal compris), transportée à dos d'homme jusqu'en bas...

Bà Thim entreprend de repiquer les plants de maïs partout ou il y a des trous. Chaque pouce de terrain est exploité. Je fais quelques photos mais très vite la bruine m'en empêche.

Bà Thim me dit de surveiller les buffles pour qu'ils n'aillent pas dans le jardin...ils sont en totale liberté, mangeant la verdure. Nous sommes en plein dans la forêt. Fougères, arbres, arbustes, mousses, lichens...


Peau de buffle...


Je prends mon rôle de gardien de buffles très au sérieux. Sauf que voilà, si les buffles sont sympas, le bœuf, lui, a très vite compris que je ne parle pas vietnamien, et n'en fait qu'à sa tête! Puis, c'est fortiche, un bœuf, vous pouvez toujours le pousser ou tenir ses cornes ou meme lui lancer des pierres, il s'en contrefiche!

Mais bon, une fois qu'il a mangé tout son saoul il finit par gratter la terre devant lui en baissant la tête (à ce moment-là je suppose qu'il va me charger) et...se couche devant moi.

J'aime bien les buffles. Déjà, ils ne parlent jamais. Lorsqu'ils sont mécontents ou lorsqu'ils s'appelent ils font un espèce de bruit ressemblant à un mélange entre la chèvre, la grenouille et l'oiseau. Mais très faible. Pas plus fort, en fait, que si vous lisez ces lignes à voix haute. C'est fou, hein? Ils ne meuglent jamais.

L'attente est longue, surtout lorsque vous ne savez pas quoi attendre.

Bà Thim me montre une sorte de plante sauvage comestible ; et me dit d'en cueillir pour ce soir. Voilà de quoi m'occuper! Il faut choisir les jeunes pousses et les couper avec l'ongle sans les arracher.


Je les goûte crues, d'autant plus que je suis déjà assoiffé et que je peux ainsi profiter de la rosée sur les feuilles...ça a un goût indescriptible ; frais et piquant, comme de la sauge.



Je m'attelle à la tâche ; cueillette d'une heure, je finis par remplir mon chapeau!
Mais j'ai vite terminé, et je dois trouver un autre occupation. J'observe Bà Thim pendant des heures, avant d'oser l'aider : éclaircir les lignes puis repiquer les plants ailleurs. Comme on n'a amené qu'une pioche je dois creuser à la main.
Bà Thim me montre comment cueillir fougères, mousses et plantes recouvertes de rosée, pour se laver les mains.

Ce jardin est réellement immense ; mais le cadre est magnifique. Il restera gravé dans ma mémoire...Bà Thim me demande si je m'ennuie, mais vous pouvez être sûr que je me sens beaucoup mieux ici avec Bà Thim et ses animaux dans les montagnes, plutot qu'hier entouré de gens...


À 11h, je parcours toute la longueur du jardin pour aller chercher le sac de riz gluant ; sauf que ce traitre de chien a éventré le sac! Il n'en a pas mangé mais a laissé le sac sur le sol boueux. Bon, on élimine la partie abîmée et on mange le xoi. Mais j'ai très, très soif.



Je ne sais pas combien de plants nous avons repiqué. Des centaines. Bà Thim va dix fois plus vite que moi. C'était très long et fatigant, surtout sans eau. (comme je vous l'avais dit, même à Cao Bang je n'ai jamais vu ces femmes boire durant la journée)

Nous resterons neuf heures...sans compter l'aller et le retour.
La descente fut tout aussi scabreuse que la montée - probablement plus glissante.
Je suis très fatigué, boueux, assoiffé surtout, mais tellement content. Content d'avoir vu la maison, le jardin, les animaux de Bà Thim.
Nous récupérons le cheval en route. Le chien attendait avec lui.


De retour à la maison, lavage de mains et débarbouillage plus que bienvenus, au-dessus des cochons.
Il est 17h, Bà Thim réchauffe les plats, et me dit que comme nous n'avons pas beaucoup mangé à midi, nous mangeons maintenant et que nous remangerons vers 19h car elle va sacrifier un canard exprès!



Em Huong m'emmène voir la maison de Chi Hop (je l'appele Chi comme une grande sœur, pas Em, puisqu'elle a 33 ans), qui est à 1km. Il fait presque nuit.
Chi Hop est contente de me voir, et me présente sa famille.
L'ambiance est sympa, que des femmes très gentilles.
Elles me servent un verre d'alcool, que je refuse, ce qui les surprend...mais contrairement aux hommes, elles n'insistent pas!




Le retour jusqu'à la maison de Bà Thim fut assez hasardeux : il fait nuit, tout est boueux, ni elle ni moi n'avons pris de lampe, et Em Huong se colle à moi.
Entre-temps, le canard a été sacrifié sur le plancher, et le sang récupéré dans un bol. Em Huong le fait bouillir puis frire entier.




Ici on coupe des troncs de bananiers pour les petits canetons

Avant le repas, Chi Minh nous rend visite. En fait, contrairement à toute attente, je ne suis pas spécialement content de la voir.
Je ne saurais pas comment vous l'expliquer. Peut-etre qu'à force, je me suis lassé de la voir changer d'avis tout le temps...
Ou peut-etre tout simplement que je suis si près du "but", que cela me fait peur de pouvoir enfin voir son univers. Comme si j'avais peur que ce rêve s'accomplisse.
Toujours est-il que je me sens soudainement et inexplicablement très, très triste...et que même si Chi Minh insiste pour que je vienne voir sa maison après le dîner, je lui dis que je ne veux pas y aller. Ne cherchez pas à comprendre pourquoi, moi-même ne le sais pas!
Chi Minh semble très déçue...mais moi aussi.
Durant la soirée, j'égrène des épis de maïs devant le feu, pour les cochons et la volaille.
Je me couche tot, ravi de cette journée, ravi d'avoir été accueilli chez Bà Thim et d'avoir vu la maison de ChiHop...

Em Huong
7 avril 2011, Phuc Sen/ Cao Bang
Ce matin, suis réveillé à 5h par les protestations d'un poulet qu'on égorge à cinq mètres de moi...
Du coup je me lève, discute avec Bà Thim et Em Huong.
On petit-déjeune les restes du canard d'hier, puis Bà Thim prépare ses affaires.
Nous prenons un bus à 7h, Chi Minh nous a rejoints. Elle me dit qu'elle est triste que je ne soie pas venu hier, mais...avec elle je ne saurai jamais vraiment...
Je suis très triste de quitter Phuc Sen, mais en même temps content d'y être resté deux nuits.
sept jours ont passé entre ce séjour chez Bà Thim et le moment ou j'écris.
Depuis, je suis en apprentissage intensif chez Ong Kin. Depuis sept jours, je ne mange que des legumes et du riz complet !Regime severe associe a des journees epuisantes... suite au prochain episode!
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Galerie noir et blanc
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1 commentaire:

  1. Salut Vinh,

    Merci de m'avoir fait découvrir ces magnifiques paysages sous la brume matinale.

    J'ai bien aimé la photo portrait du gardien de buffles, on dirait un vrai :)

    Bon apprentissage chez Ong Kin.

    Pierre.

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