De-Vinh qui je suis!

Sur ce blog, vous pourrez trouver des informations aussi diverses que la fabrication d'étui en peau de varan, l'évolution de mon potager et des conseils de jardinage, des photos de mes voyages, etc etc...
A noter que "bo" veut dire boeuf en vietnamien ! On ne renie pas ses origines!

vendredi 1 juillet 2011

Part 46 - Pause a Hanoi

1er juillet, Cao Bang

Vingt jours que ce texte a été écrit...et jamais envoyé! C'est fou comme le temps passe vite! Depuis, de nombreux thèmes d'écriture pour vie bovinh me passent par la tête, mais pas le temps d'écrire...ça arrivera au compte-gouttes.
Je suis rentré à hanoi le 8è jour, visa en poche. Comme la dernière fois, ils n'ont pas pris en compte la date demandée (je commence à avoir l'habitude), et la validité expire le 8 septembre. Mon billet d'avion est pour le ...7 septembre!


J'ai également acheté mes tickets de bus retour nord-sud. Je quitterai donc Cao Bang le 25 aout au soir, pour arriver à hanoi le 26 au matin. Le soir-même, bus de nuit pour Hue. Le lendemain,bus de nuit pour Nha Trang, et le surlendemain encore bus de nuit pour HCM. Je connais les "retours de voyage", et ai donc volontairement décidé de faire cette descente au sud aussi vite que possible.
Il ne me restera que quelques jours pour finir ce séjour de huit mois à Sa Déc, car "c'est là que tout a commencé".


11 juin 2011, Cao Bang. 65è jour d'apprentissage, 168 jours au Vietnam.

Après 2 mois de forge intensive, ne m'accordant que quelques très rares pauses, j'ai pris huit jours de congé forcé (mais bienvenu) pour renouveller mon autorisation de séjour. Je vous rappelle qu'en tant que fils de vietnamien je bénéficie d'une exemption de visa Viet Kieu, qui ne m'a couté que 23 euros, et qui me dispense de visa durant cinq ans ; simplement mes séjours ne peuvent pas dépasser trois mois. C'est une chance car le visa Vietnam coûte très cher.


J'ai pris un bus un dimanche soir,afin de pouvoir bénéficier d'une semaine entière pour "l'Opération Visa 2". Hélas je ne m'y suis pas pris assez tôt, et le bus Thanh Ly à couchettes affiche complet...courageusement je tente le bus de la même compagnie, en places assises...la dernière fois que je suis venu à Hanoi pour "l'Opération Visa 1", jeune et fou, j'avais pris le premier bus sous la main, c'est-à-dire des petits bus normaux, en trajet de jour, terriblement ennuyeux, sans compter qu'ils sont plus ou moins fumeurs (je n'ose dire plus ou moins non-fumeurs) - plutot plus que moins.


Co Huyen, qui joue son rôle de mère adoptive, me prépare un sac avec yaourt à boire, eau congelée, bonbons, et banh gio (qui sont des gateaux de riz faits uniquement pour le 4e jour du 5e mois lunaire, qui se mangent avec une sauce caramel - ne pas confondre avec la version viande) qu'elle a faits.


Me voilà dans le bus avec mon "ballot" (c'est comme ça qu'on dit "sac" en vietnamien, même si ce ne doit pas etre écrit comme ça. Rigolo non?) rempli avec le minimum vital c'est-à-dire un couteau, mon éternel et unique jeu de vêtements de rechange, une brosse à dents et une lampe.


Je déchante vite ; comme j'arrive parmi les premiers on me fait asseoir...à l'arrière du bus, c'est-à-dire là où l'on a le plus mal au cœur. De plus on est dimanche soir alors...tous les étudiants repartent pour Hanoi! Du coup me voilà dans un bus bondé, entouré uniquement de ce que je préfère le plus au monde : des hommes...génial. Ça va être long.


Mes craintes se confirment rapidement : un bus avec 60 vietnamiens, même jeunes, c'est l'enfer. La jeunesse s'étale de partout, se lache de toutes les manières possibles (si vous "sentez" ce que je veux dire - moi, j'ai senti), et vas-y que ça crie et ça pète en tous sens. Soupir. Ça pourrait être pire : au moins, le bus est non-fumeur (par contre les fenêtres sont condamnées - bonjour l'aération).


Les trois seules filles sont, comme toujours, à l'avant aux meilleures places. Et la plus belle est évidemment tout à l'avant, et c'est...chi Van, la sœur de em Vui, que je n'ai pas vue depuis un mois.

On part vers 21h. Il faudra trois heures pour que la jeunesse s'endorme, bercée par les virages...je dors une heure...et hop le bus s'arrete pour la pause toilette et...repas à 01h00 du matin. J'y crois pas...et oui, la moitié des passagers se met à table pour une demi-heure.


On repart à 01h30 et je m'endors péniblement, parfois réveillé par le voisin qui empiète sans vergogne sur mon territoire, ou bien par ceux qui dorment par terre dans le couloir (les places par terre sont considérées comme des places à part entière).

Au Vietnam, que ce soit dans les bus ou ailleurs, la notion d'espace privé (maison, portail, chambre) et celle d'espace vital n'existent pas. La liberté d'entrer et la promiscuité sont de mise. Entrer dans une maison lorsqu'on ne vous répond pas semble tout à fait normal, tout comme venir acheter un couteau ou taper la discute à 7h du matin alors que je déjeune avec ông Kin. Pour tout vous dire, parfois les gens viennent taper au volet pour acheter du bois alors que tout le monde est couché...


Quant à l'espace vital, il s'arrête là où votre corps commence. Je m'explique : en France, votre espace vital forme un cercle d'à peu près 1m de diamètre autour de vous (pour confirmer mes dires, faites la queue au bureau de poste). À la Réunion cet espace se réduit de quelques décimètres. En Afrique il se réduit encore mais cela forme toujours un cercle. Au Vietnam les gens se fichent totalement de vous marcher ou rouler sur les pieds, de vous tâter le ventre avec leurs coudes, de vous souffler dessus une haleine d'oignon cru parfois avinée (et non pas ah-vinh-né ...jte vois venir, Cyril), laissant entr'apercevoir quelques morceaux de "je-veux-pas-savoir" coincés entre les dents (tiens, celui-là il a mangé un pho). Les filles sont évidemment beaucoup plus distantes (ah, parfois on aimerait que les choses s'inversent), dommage car elles sentent toujours bon le shampoing! Et vous verrez rarement une fille au sourire éclatant avec un morceau d'oignon vert entre les dents.

Bref, après cette nuit fastidieuse nous arrivons à hanoi à la gare My Dinh, vers 06h, après un mystérieux arrêt de 15mn, probablement pour reserrer des boulons (ce que j'ai vu souvent) ou refroidir la bête (ici comme en afrique, la plupart des bus roulent avec la trappe arrière ouverte pour refroidir le moteur).

Je retrouve sans joie le chaos (et non pas Lê Cao) de Hanoi, mais retrouve avec plaisir mon oncle par alliance Chu Binh, sa femme Co Hong (la cousine de mon père), et Bác Trung, le frère de mon grand père. Chu Binh m'invite à manger un pho, cela fait trois mois que je n'en ai pas mangé.


Chu Binh est très content que je soie là car il s'intéresse à tout et profite de ma présence pour parler anglais. Je parle anglais avec lui, vietnamien avec sa femme, et français avec son beau-père...parfois je m'embrouille, et confonds les trois langues, commençant une phrase en français,la continuant en anglais pour finir en vietnamien.

Chu Binh lit mon blog avec assiduité grâce à google translate ; et a toujours été fasciné par le personnage d'Ong Kin. En effet Chu Binh a étudié la méditation durant 15 ans, avant de la pratiquer effectivement depuis cinq ans. Tout seul, me dit-il, il est très dur et très long de comprendre le pourquoi du comment.

Dans mes baggages, j'ai amené un grand couteau de cuisine que l'on a forgé la veille ; celui-là, je l'ai chsi soigneusement parmi six autres, le soupesant, l'aiguisant et le polissant avec une attention particulière. Ong Kin était ravi à l'idée que je l'offre à mon oncle, et a tout d'abord refusé que je le paye, mais j'ai insisté en lui disant que chaque couteau que je lui prends c'est de l'argent en moins et du travail en plus.

De plus comme il veut me faire des couteaux pour tous mes amis et tous les membres de ma famille...je ne veux pas le surcharger de travail!


Chu Binh est ravi du couteau. En fait, plus le temps passe et plus je me rends compte qu'en soixante jours on a probablement vendu 150 ou 200 couteaux (sans compter les réparations et les objets autres que couteaux), et que sur chacun d'eux, il y a la marque (certes hésitante) de mes coups de marteaux...et je trouve ça incroyable.
C'est la différence entre stagiaire et apprenti. Le stagiaire apprend en quelques jours (ou semaines) pour pouvoir apprendre les bases ; l'apprenti, lui, apprend lentement et surement, directement sur les couteaux destinés à la vente...je trouve qu'ông Kin m'offre là une chance incroyable, car c'est beaucoup d'investissement moral et une part de responsabilité. En effet, à mon avis les couteaux actuels ont plus de défauts que ceux qu'il faisait avant que j'arrive...


Souvent, pour réaliser ma chance, je me mets à penser en tant que passionné de labo (je vous rappelle que je propose des stages de tirage) et je me dis : "est-ce que toi tu accepterais de prendre un apprenti, et à quel "prix", c'est-à-dire sous quelles exigences? Quelles seraient les chances que tu supportes une présence continuelle au labo 35mmsousterre, sans compter le temps à investir dans les nombreuses questions-réponses et les erreurs?"

Ces chances seraient extrêmement faibles. Même si depuis deux ans j'attends qu'un apprenti frappe à ma porte, je n'ai jamais trouvé quelqu'un de réellement motivé, et surtout capable d'enchainer douze heures de labo sans sourciller.
Alors le jour où il arrivera, je lui ferai aiguiser des couteaux en lui disant "mais si, mais si! Pose pas de questions et aiguise! Ça te fera les bras, comme ça tu pourras tenir les pinces de labo correctement!"


Les démarches pour renouveller mon autorisation de séjour sont les mêmes, à savoir se faire enregistrer au commissariat du district, faire signer le formulaire N14, puis amener ledit formulaire au service immigration.
Cette fois, comme on sait comment faire, les deux premières étapes n'ont pris qu'une après-midi (contre 4 jours la dernière fois).
Nous avons donc pu déposer le formulaire mercredi matin, et à priori nous irons récupérer mon passeport lundi, en espérant avoir le précieux sésame.


(aiguiser par 38 degres, ca donne chaud...)


Je vous passe le détail des pots de vin etc, la lecture du futur épisode "Des crocodiles à Cao Bang" vous donnera une idée de la mentalité du milieu...


Je profite de ma présence à Hanoi pour réserver dès maintenant mon trajet de retour vers le sud...eh oui il va falloir commencer à s'y préparer, et je vous avoue que devoir calculer un rétro-planning (en partant du 7 septembre, date de mon billet d'avion) et établir une date pour quitter Cao Bang, m'a un peu déprimé! Mais il faut une fin à tout, et là en l'occurence ce n'est pas une fin, juste un retour à mon autre vie! Et vous savez déjà à quel point je vais rentrer changé!



(retour a Cao Bang en bus a couchettes)

a mon retour, on a commence direct par des haches...





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