De-Vinh qui je suis!

Sur ce blog, vous pourrez trouver des informations aussi diverses que la fabrication d'étui en peau de varan, l'évolution de mon potager et des conseils de jardinage, des photos de mes voyages, etc etc...
A noter que "bo" veut dire boeuf en vietnamien ! On ne renie pas ses origines!

samedi 30 juillet 2011

Part 51 - Histoire(s) sans fin


Ouaip... on a vraiment cru que c etait fini, cette fois !

- j'ai dit "suite et fin" ? -
Ben non...ça pouvait pas se terminer comme ça!


Il y a dix jours, je vous envoyais, à ceux inscrits à vie bovinh
uniquement (hors blog), un court mail vous expliquant mon départ de la
forge. En fait je n'ai jamais pris le temps de détailler plus,
j'attendais, comme toujours, de voir si la situation allait évoluer.
Soyons sincères, je ne pensais pas qu'elle évoluerait ; j'étais prêt à
tourner la page, certes avec un peu d'amertume mais sans regrets ni
remords.

Grosso modo, je suis parti car beaucoup de choses commençaient à
s'accumuler. Pas uniquement sur l'apprentissage lui-même, mais surtout
parce que certains discours d'Ong Kin me semblaient réellement
insupportables. Mais surtout plus le temps a passé et plus j'ai eu
d'affection pour cô Huyen et em Thanh, et donc moins j'ai supporté la
façon dont Ong Kin les traite. Et le voir au quotidien n'était pas
facile. Je vous passe les détails de ce que j'ai vu ou entendu. Je
suis donc parti.

Cô Huyen est une femme formidable et très courageuse (j'en reparlerai
plus tard) et je l'apprécie vraiment beaucoup.
Le départ a donc été d'autant plus dur, que lorsque je lui ai dit, un
matin à 06h30, que j'allais partir et ne jamais revenir, elle m'a dit
qu'elle était fachée et m'a littéralement jeté dehors avec mes
affaires. De même, em Thanh n'a pas vraiment réagi non plus lors de
mon départ. Quant à Ong Kin, comme d'habitude, perdu dans ses pensées,
il ne m'a même pas vu partir.

A ce moment-là, il m'avait dit quelque chose qui ne m'a vraiment pas
plu ; vexé, énervé, déçu, je n'ai donc pas pris la peine de lui dire
quoi que ce soit. On peut n'avoir que 26 ans et garder sa fierté et sa
liberté.

C'est donc plus la réaction de co Huyen et Thanh qui m'a fait de la peine.
Même si il faudrait une vie pour comprendre ong Kin, en 4 mois j'ai
appris qu'il est très sensible à tout ce qui touche la nature, et
insensible à tout ce qui touche les relations humaines. C'est un
solitaire, et ce depuis longtemps, et je ne lui en ai pas voulu pour
ça.

À 06h30 je me retrouvais dans la rue avec 20kg d'affaires dont 5 kg
d'acier, mais paradoxalement l'esprit assez tranquille. Après avoir
laissé le tout au marché sous la surveillance de la mère de em Niep,
j'ai appelé chi Oanh, qui m'a ensuite aidé à trouver un hotel (pas
évident, avec mon budget maintenant limité puisqu'il n'était pas prévu
que j'aille à l'hotel en fin de séjour). Nous avons finalement trouvé
un hotel sympa et négocié une chambre à 3,50 euros la nuit.

Je me suis reposé plusieurs jours. De nouveau, changement de rythme,
changement de contexte. Passer d'une présence familiale constante, à
la solitude d'une chambre d'hotel.
Au fond de moi, je savais que partir était le seul moyen radical de
manifester ma désaprobation. En effet, à chaque fois que j'ai tenté
d'expliquer certaines choses à Ong Kin ou Co Huyen, c'était voué à
l'échec. Non pas à cause de la langue, comme vous le pensez, mais à
cause de la différence de culture. Il y a des choses qu'ils ne
comprendront jamais (même ma famille au Vietnam ne comprend pas
pourquoi je voyage et sont persuadés que je vais mourir ou me faire
agresser à tout coin de rue - j'ai renoncé à communiquer avec eux).
Sans avoir jamais voyagé à l'étranger, sans avoir jamais tenté
d'apprendre une langue et une culture différentes, ils ne peuvent pas
comprendre à quel point un étranger peut se sentir mal à l'aise
lorsqu'il est dans une situation qu'il ne comprend pas.

Et puis, il y a des blagues que je ne peux pas supporter. Qu'un homme
rigole en disant de moi à Ong Kin "il devrait trainer dans les bars,
sortir avec des prostituées, ramener le SIDA en souvenir et mourir en
France", moi, j'ai un peu de mal. Mais quand Ong Kin lui-même en
rigole et sort cette blague à tous ceux qui passent, là, j'ai vraiment
du mal à supporter le fait qu'on puisse blaguer là-dessus. Et ce n'est
pas une blague d'homme. Femmes et enfants en rigolent tout autant.
Puppet Doll elle-même, (17 ans) lorsque j'ai rencontré chi Oanh, me
disait "Vinh Sida! Vinh sida!". Bon, que ça soit clair, chi Oanh est
une amie rejettée à cause de sa séropositivité, et il est certain que
je ne la traiterai pas de la même façon! mais je ne suis pas parti à
cause de ça.
Mais après réflexion et discussions, il semble, tout simplement, que
ce soit une blague comme une autre, comme l'histoire de Paf le chien.
Terrible.

Là, ça fait beaucoup de différences de cultures.
Mais dans le fond, je pense que l'ensemble des raisons de mon départ
ne sont pas "racontables", d'une part par respect pour ong Kin
(croyez-moi...il y a des choses que je ne raconterai pas), et puis
surtout parce qu'une expérience comme celle que je vis depuis sept
mois (3 mois en solo, 4 mois chez Ong Kin) n'est tout simplement pas
descriptible, il faudrait faire un bouquin (oui je sais, je sais...)
pour pouvoir prétendre cerner les rencontres, expériences, joies,
peines, que j'ai vécues. Sur mon blog j'ai à peine le temps de
raconter 10% de ce que je vis, et je suis obligé de faire l'impasse
sur beaucoup de choses, ce qui peut vous amener à des conclusions
hatives sans connaître tout le contexte.

Mais lors de mes journées à l'hotel plusieurs vérités se sont imposées.

D'une part, ong Kin est réellement l'homme le plus difficile à cerner
que je connaisse. Mais il est aussi très généreux, sans quoi il ne
m'aurait jamais accepté. Il n'a jamais pris d'apprenti "forge"
(uniquement des élèves en méditation tai chi et kung-fu), et comme
vous le savez, j'ai appris, avec lui, bien au dela de la forge
elle-même. Il est hors de question de douter de cela.

D'autre part, je ne regrette absolument pas d'avoir vécu en famille
plus de trois mois. Là encore c'est une expérience unique et une
opportunité très rare pour un étranger, ne serait-ce qu'à cause des
problèmes avec la police locale.
Si c'était à refaire, je le referais.
Car malgré la promiscuité, le bruit (et sachez que la famille d'ong
kin est une famille très calme...mais c'est sans compter les acheteurs
de couteaux ou de bois qui viennent gueuler derrière le volet fermé, à
5h du matin), sachez que je n'ai jamais autant rigolé de tout le
voyage. Car cô Huyen et Thanh, lorsqu'ils sont de bonne humeur (50% du
temps) sont vraiment attachants et malgré la différence de langue nous
rigolons beaucoup.
Et ça...c'est "priceless".
Lorsque Ong Kin m'avait proposé, début avril, de loger chez lui, je
savais très bien ce que cela impliquat au niveau bruit, promiscuité,
vie de famille, etc. C'est en toute connaissance de cause que j'ai
accepté, car dans ce contexte, une offre pareille ne se refuse pas!
D'ailleurs je n'aurais pas pu me permettre de loger aussi longtemps à
l'hotel (je vous rappele que cô Huyen ne me demandait rien de plus que
1,80euro par jour, pour couvrir les repas).

La barrière de la langue, ne l'est pas, ne l'est plus, lorsqu'il
s'agit de la vie au quotidien, car j'ai beaucoup progressé. Elle
l'est, lorsque vous commencez à avoir des soucis et des préoccupations
que personne ne comprend, différences de cultures oblige.

Toujours est-il que je ne regrettais rien. Mais j'étais déterminé à
rester Cao Bang, au moins jusqu'au jour ou j'aurais le courage de
retourner dire au revoir à Ong Kin. Puis de toute façon, pas envie de
refaire les bus, les trains, les hotels et tout le touintouin.

Je n'ai pas eu à le faire. Huit jours après mon départ, em Thanh m'a
appelé et invité à manger - je savais que sa mère lui avait donné de
l'argent exprès -. Nous avons discuté un peu, mais concernant Ong Kin
il n'a rien pu me dire puisqu'il ne lui parle jamais.
Mais il a beaucoup insisté pour que je revienne, et surtout, que je
revoie sa mère qui était inquiète de mon départ.
Ce n'est pas étonnant qu'ils n'aient rien tenté en huit longs jours -
les vietnamiens sont comme ça, on ne montre pas ses sentiments,
surtout la tristesse.

Le soir, cô Huyen m'a appelé et nous avons marché longuement et
discuté des raisons de mon départ. Je lui ai expliqué qu'une des
raisons majeures de mon départ était justement sa réaction à l'annonce
de mon départ!
Mais, me dit-elle alors, "oui j'étais fâchée que tu partes, mais peu
de temps après je ne l'étais plus, et voulais que tu reviennes! Je te
considère comme mes enfants Thanh et Duyen, et je m'inquiétais que tu
soies déjà reparti sur Hanoi et que tu soies triste, je t'ai cherché
mais pas trouvé".
Ah oui, les vietnamiens sont vraiment comme ça.

En sept mois, j'en ai vu et entendu, au travers de mes rencontres, des
faux sourires, beaucoup de mensonges (suffit d'écouter les
conversations téléphoniques au restaurant : 2/3 des filles diront à
leur copain, amant, mari, "je suis à la maison" !!d'ailleurs, combien
de filles m'ont dit etre célibataires alors qu'elles sont mariées!
Véridique), beaucoup de sentiments cachés ou déguisés (rappelez vous
Thao à Sa Déc, qui m'ignorait totalement, et qui ne m'a plus jamais
laché depuis) ; par exemple lorsqu'on n'aime pas quelqu'un, on lui
sourit quand même! Lorsqu'on est triste, il est judicieux de rigoler
comme si de rien n'était! C'est comme ça!

Mais je ne m'attendais pas à ce que cô Huyen me dise ça.
Puis elle m'a dit qu'ông Kin avait l'air triste (?) et lui avait dit
qu'il ne dirait rien si je revenais, et que je pourrais continuer à
apprendre OU juste venir leur rendre visite, dans les deux cas ça lui
conviendrait.
Je m'attendais à tout, sauf à ça.
J'ai dit à cô Huyen "ecoute, je suis parti pour plusieurs raisons que
je n'arrive pas à expliquer, et d'autres que j'arrive à t'expliquer.
Comme il y a huit jours Ong Kin n'a pas été correct avec moi, j'ai
fait de même. Je me considère comme "mauvais" du fait d'être parti
ainsi, je ne peux donc pas revenir, j'aurais honte". Mais elle me
répond qu'ici ce n'est pas comme ça, et que je peux revenir comme si
je n'étais pas parti !
Oui, les Vietnamiens sont aussi comme ça, une facilité à s'adapter à
tout changement "familial" (c'est-à-dire, on peut héberger un ami ou
un cousin plusieurs semaines, il peut partir, revenir, repartir, rien
ne change).
Ce soir là, tard, j'ai raccompagné cô Huyen jusqu’à sa maison et tout
comme elle m'avait poussé dehors il y a huit jours, elle m'a cette
fois poussé dans la maison en me tenant par l'épaule (je vous rappele
que ce genre de marque d'affection et de contact physique est
extremement rare au vietnam)!

Je n'ai pas réfléchi longtemps, et le lendemain matin c'est avec
beaucoup d'appréhension que j'ai marché la distance entre mon hotel et
la forge...
Ong Kin était en train de marteler, il n'a donc pas levé les yeux,
mais il a souri...ainsi que cô Huyen.

Comme promis, nous n'avons quasiment pas parlé de mon départ. Je me suis excusé.
Je n'ai pas forgé, avais dormi 3h la veille.
Comme vous le savez ông Kin ne s'exprime pas beaucoup, et je crois que
c'était très bien comme ça. Je lui dis que je reviendrais le
lendemain.
À ce moment-là, je me suis dit que peu importait que je reprenne
l'apprentissage ou non, l'important étant d'être en paix avec soi-même
et si possible avec votre maitre de forge. Non?

Mais la même après-midi, thành m'appele en me disant "mon père est en
train de te forger un marteau, tu viens ou pas?". Tu parles que je
suis revenu vite fait!

J'ai regardé cô Huyen et ông Kin me forger un marteau que nous avons
volontairement voulu "petit", càd 3kg (quand même). Ainsi il pourra à
la fois servir de masse pour forger à deux mains (j'ai du mal à voir
les visiteurs de 3kgsousterre forger avec le marteau de 4,8kg que
j'utilise actuellement - ils crieraient à l'arnaque - et
"4,8kgsousterre", ça passe moins bien), et pourra par la suite me
servir en tant que marteau à une main, lorsque j'aurai le bras droit
adapté (on en reparle dans deux ou trois ans)!

Puis, dans la foulée, ông Kin m'a donné un de ses propres marteaux,
qui ont plus de dix ans, en me demandant de choisir entre 2kg et
2,4kg. J'ai pris le plus léger (et croyez-moi, 400g ça fait une sacrée
différence) ce qui est complémentaire de celui qu'on a forgé.
Vous n'imaginez pas la symbolique d'un tel cadeau envers un apprenti.

Enfin, il m'a encouragé à forger tout seul, c'est-à-dire aux commandes
de la forge, avec cô Huyen en assistante de forge (plus de détails
brûlants dans le prochain post!).

Etrangement, il est tellement content (enfin, je crois?! On peut
jamais être sur de rien, avec eux) que cela se ressent avec sa famille
- nous avons même mangé tous ensemble à midi (vous savez que cela fait
des années qu'il mange seul, les rares fois ou nous partagons le repas
tous ensemble, c'est lorsqu'il y a des invités), et par la suite nous
avons fait des photos de famille.

Mystère. Je pense sincèrement que ce break était inévitable, et qu'il
n'était pas dû uniquement au fait de vivre chez lui. A aucun moment je
me suis senti indésirable (sauf avec puppet doll).
Quant au retour...il s'en est fallu de peu, à quelques jours près je
n'aurais peut-etre pas eu la foi de revenir!!
Beaucoup de choses ont changé, je pense qu'ils ont cru me perdre, et
que c'est pour cela que ông Kin a totalement changé d'attitude. Rien
que le fait de l'entendre me dire merci, est nouveau pour lui comme
pour moi!!

Toujours est-il qu'à l'envoi de ce mail, 4 jours se sont passés depuis
mon retour. Vu le peu de jours qu'il me reste (une vingtaine), je
reste dormir à l'hotel et vais chez ông Kin la journée, puis rentre en
fin d'après-midi.
Mes journées sont encore plus physiques qu'avant, car je martèle moins
mais je forge plus souvent tout seul avec cô Huyen...
Alors pour tout connaître sur cette nouvelle forme d'apprentissage,



suite au prochain épisode !!!


PS : on a reçu deux enveloppes, l'une de Fred avec un joli livret
illustré sur la Réunion, et l'autre de Pierre avec des photos de
forge. Ong Kin vous remercie chaleureusement! En revanche je crois que
les courriers de Colette, jean-no, gilanick, et d'autres, sont
définitivement perdus! Mais vous nous avez tous apporté beaucoup de
joie avec la montagne de courrier que j'ai reçue, certains venant de
personnes que je n'ai jamais rencontrées : Pierre, Anais, Ted...

1 commentaire: