De-Vinh qui je suis!

Sur ce blog, vous pourrez trouver des informations aussi diverses que la fabrication d'étui en peau de varan, l'évolution de mon potager et des conseils de jardinage, des photos de mes voyages, etc etc...
A noter que "bo" veut dire boeuf en vietnamien ! On ne renie pas ses origines!

jeudi 4 août 2011

Part 53 - Pinces et moi...je ne reve pas...


Une des rares photos ou vous verrez Co Huyen sourire ! il faut dire qu elle se moque bien de moi !

Part 53 - Ré-apprendre. 120e jour d apprentissage (environ)

8 jours d'absence de la forge, et j'ai eu l'impression de devoir tout ré-apprendre.
Les deux premiers jours j'ai failli me décourager car d'une part je n'arrivais plus à frapper correctement, pas assez fort et sans précision, et d'autre part je me fatiguais vite!
Mais bon il faut s'accrocher...

Mais je vous parle de ré-apprendre, car pas mal de choses ont changé.

Déjà, depuis quinze jours on a un apprenti! J'en ai toujours rêvé, qu'ông Kin prenne un autre apprenti, pour que je lui refile tout le sale boulot! En fait, em Han a 17 ans et est moine (c'est le fils d'un ami). Il reste ici deux ou trois semaines seulement (hélas, trois fois hélas, il était censé rester trois mois mais peut-etre que l'apprentissage ne lui convient pas), pour méditer avec ông Kin, etc. Du coup il apprend aussi un peu la forge même si ce n'est pas le but principal.
Dès le début je lui ai montré l'aiguisage, le martelage à dex mains, et même faire des pointes...(il a abandonné les pointes le deuxième jour).


Le rêve, je lui refile tous les couteaux a aiguiser et il range la forge en fin de journée (notez que ranger la forge, c'est porter 40kg de pierres à aiguiser, 30kg de marteaux, 20kg de lames de ressort qui forment le dessus de la forge, 20kg de pinces, burins et accessoires divers...)...je l'aime bien car il est très prévenant, très poli, et ne rechigne jamais (la motivation du débutant?).
Il se débrouille plutôt bien pour le martelage étant donné la courte période d'apprentissage, mais par contre pour l'aiguisage et le polissage il y a clairement des progrès à faire! Non seulement ça coupe pas, mais en plus c'est pas beau...
L'arrivée de em Han tombe à pic car cela me permet de me reposer ; je le laisse marteler avec cô Huyen, et aiguiser, ce qui me permet d'observer réellement ce que ông Kin fait (lorsque je martèle je ne vois pas ce qu'il fait exactement).
Hélas, au moment ou vous lirez ces lignes Han est déjà parti, mais sa présence juste à la fin de mon apprentissage était plus que bienvenue. Ça m'a permis de me détacher à la fois d'ông Kin et de la forge intensive.

Lors de mon absence ông Kin a changé le morceau de chambre a air qui amortit le bruit entre l'enclume et la souche (je devrais dire l'arbre...enterré de 40cm) sur laquelle elle est posée. En conséquence, la sonorité des marteaux sur l'enclume a changé. Or lorsqu'on forge à trois, se fier au son du marteau de chacun, est très important. En outre, le bruit de votre propre marteau vous dit aussi de quel façon vous frappez. (c'est pourquoi, même lorsque cô Huyen discute à 30m de là, elle sait toujours exactement si ong Kin a besoin de son aide, rien qu'à l'oreille).
En forgeant à trois, le rythme est tellement rapide que vous ne pouvez pas vous fier qu'à vos yeux.
Il a donc fallu une journée entière pour s'y habituer.
C'était la même chose il y a trois mois, quand on avait rallongé le manche de mon marteau de 10cm en l'encastrant dans un tube de fer. À cause de ce tube de fer au bout du manche, les vibrations et la sonorité avaient changé.

Ensuite, comme je vous l'ai dit, ông Kin m'a officiellement donné un de ses marteaux. Cô Huyen m'a dit plus tard, qu'énormément de gens ont voulu acheter un marteau à ông Kin et qu'il a toujours refusé. Il refuse même de les forger (on a juste forgé deux ou trois marteaux "normaux" en quatre mois). Elle a insisté sur le fait que me faire un tel cadeau signifiait qu'il m'apprécie beaucoup...
Il a fallu choisir entre un de 2kg et un de 2,5kg. Or, pour celles et ceux qui croient que "Size does not matter", sachez qu'en forge ça fait toute la différence...
Avec celui de 2kg c'est un peu plus facile, mais on est obligé de frapper plus fort ou plus longtemps. Celui de 2,5kg est évidemment plus fatigant à soulever (je vous rappele que chez ông Kin, on soulève le marteau jusqu'au ciel) mais vous avez plus de force...forcément!
En revanche le petit est plus adapté pour des couteaux de taille moyenne et petite. Donc j'ai choisi celui-ci, qui sera complémentaire de celui qu'ông Kin m'a forgé (3kg).


Merci cyril pour ce strip brulant...

Cela dit, tant que je suis ici je privilégie celui de 2,5kg car on ne forge que des grands couteaux. J'utilise le petit lorsque je forge des pointes ou lorsque je n'ai plus assez de force pour soulever l'autre!
Or, dans les deux cas, ils sont pointus d'un côté (pour étirer l'acier) et convexes (donc très arrondis) de l'autre côté (pour aplatir).


Ici mon marteau de 3kg


Pas mal poli, non? normal je l ai poli au papier verre....





Ici ma paire de pinces et mes deux marteaux.

Or depuis un mois je forgeais mes pointes avec un marteau ayant un côté entièrement plat. Il a donc fallu ré-apprendre avec un marteau convexe. Donc imaginez faire des pointes aux 4 côtés symétriques et parfaitement plats, avec un marteau convexe et sur une enclume convexe (comme celle qu'il m'a forgée) dure au milieu et molle sur les côtés?!! Quel casse-tête !!j'ai mis deux jours à apprivoiser un peu ce marteau.
Maintenant, après avoir forgé à froid 2 kg de pointes (j'en ai racheté 3kg), les faire à chaud est beaucoup plus facile puisque le fer est mou. Les deux premiers coups de marteau sont les plus importants, c'est là que vous allez obtenir ou non, la symétrie. Vous ratez ces deux premiers coups et c'est quasiment foutu.


Tous les matins et après-midi, je coupe toutes les pointes de la veille, et je prépare les tiges. Dès qu'ông Kin fait une pause, je sors de la forge toutes les lames en cours, et je forge une vingtaine ou cinquantaine de pointes. Je m'entraine aussi à faire des pointes plates style pointes de portail, mais c'est déjà plus difficile. Je fais aussi des tiges carrées avec mes tiges de section rondes.
En revanche, je n'arrive toujours pas à faire mes clous de fer à cheval, c'est déjà beaucoup plus difficile, d'autant plus que vous ne pouvez pas les forger en deux fois. Lorsque vous sortez la tige de la forge, soit vous réussissez le clou en moins d'une minute, soit vous le jettez. C'est comme ça, question de durete pour tenir dans le sabot du cheval. Donc, jamais en deux fois.
Mais pour ces clous, je galère. Ông Kin a beau me dire que maitriser la forge des clous permet de forger des couteaux plus facilement, je désespère!...

Depuis mon retour, l'attitude d'ông Kin a changé. Avant, il ne me laissait faire ces pointes que durant cinq ou dix minutes, c'était très frustrant. Maintenant il me laisse allumer ou éteindre la forge moi-même, donc faire les pointes quand j'en ai envie. Je crois qu'il a réalisé qu'il est temps d'apprendre en me laissant un peu aux commandes...

Bon, ça, c'est pour la partie pointes (beaucoup plus fatigante qu'on le croirait - surtout moralement quand ça rate), c'est l'apéritif.
Passons aux choses sérieuses.

Dès mon retour, dès qu'il m'a donné son marteau, et à ma plus grande surprise, alors qu'il était en train de forger avec cô Huyen et Han, ông Kin a arrêté de forger, m'a regardé et m'a dit "si tu veux frapper, frappe". Et il a laissé ma paire de pinces et mon marteau sur l'enclume est est parti s'asseoir!


J'étais pas prêt mentalement pour ça...prendre sa place derrière la forge, c'est gérer la chaleur de la forge, gérer la quantité de charbon et la proportion charbon de bois/charbon de mine, évaluer la couleur de l'acier, placer la pièce au bon endroit en fonction du côté que l'on veut chauffer...(c'est l'avantage d'une forge à charbon, la chaleur est très localisée)...
Ensuite, choisir le bon marteau et les bonnes pinces (comme je débute j'utilise les pinces les plus épaisses, plus fortes), ...
Bref, ça n'a rien à voir avec le fait d'être en face d'ông Kin et de marteler bêtement en se calquant sur ce qu'il fait...

C'est là que j'ai l'impression de tout ré-apprendre, rien que le fait de voir l'enclume inversée (puisque je suis habitué à l'autre côté) me perturbe.


Bref, c'est parti...j'ai forgé la première étape de deux couteaux, c'est à dire la plus facile (du moins le croyais-je), étirer l'acier, d'abord avec le côté pointu du marteau, puis le côté plat (enfin convexe, dans mon cas). Et voilà les fous rires de tous sauf moi, les ratages, le couteau qui s'échappe de la pince, et bien d'aues plantages de débutant, pour arriver aux ébauches de couteaux les plus ratées de l'histoire. M'enfin c'est pas grave, ça viendra...


Puis je peux vous dire que forger a 50cm de la forge, il fait sacrement chaud....


Le deuxième jour, déjà, ça s'est un peu mieux passé. La difficulté c'est aussi le fait que je forge avec cô Huyen et em Han. Or, ông Kin le reconnaît volontiers, forger à trois est beaucoup plus dur qu'à deux, et plus dur que tout seul! Forcément, puisque on doit s'adapter aussi au rythme et aux erreurs de chacun. Pour le rythme pas de problème, ça reste 3 coups/secondes, je l'ai dans ma tête aussi surement qu'un métronome.

Par contre, comme Han débute, ses coups ne sont pas aussi précis que cô Huyen. Du coup, je frappe à un endroit A et il frappe un centimètre plus loin, ça ne va pas...ça ne me facilite pas la tâche.
Notez que contrairement aux marteaux de forge français que j'ai vus, les marteaux vietnamiens sont inversés. C'est-à-dire que la pointe est parallèle au manche, tandis qu'en France elle est perpendiculaire au manche, comme tous les marteaux que vous avez dans votre garage. C'est pourquoi il faudra, en France,que je forge mes propres marteaux à pointe parallèle.


En revanche lorsque vous forgez à trois, la personne qui est sur le côté (donc placée perpendiculairement par rapport au couteau) doit utiliser un marteau dont la pointe est inversée par rapport aux deux autres, afin qu'elle martèle dans le même sens!!
Notez que si forger à deux au Vietnam est monnaie courante, forger tout seul est très rare (trop fatigant). En revanche, forger à trois n'est pas surprenant, voire à quatre, et lorsqu'Ong Kin forgeait avec son père, sa mère et ses frères, ils martelaient à cinq sur le même couteau! Vous imaginez la bonne cohérence entre chacun?!! Sans compter le rythme effréné?!

Donc le deuxième jour, et les jours suivants, j'ai pu forger un peu plus et un peu mieux. Mais soulever au-dessus de sa tête un marteau de 2,5kg à une main, est trois fois plus fatigant que faire la même chose avec une masse de 4,8kg comme celle que j'utilise habituellement depuis plus de trois mois...
De même, tenir le couteau exactement face à soi implique que les pinces doivent etre alignées avec le marteau. Bref, beaucoup, beaucoup, de paramètres, beaucoup trop pour un débutant!!


Avec cô Huyen et Han, nous avons forgé trois ébauches de couteau (juste la première étape) en dix fois plus de temps, et dix fois moins régulières, qu'ông Kin...forcément...je vous rappele qu'à 12 ans il savait déjà forger des petites lames...

Mais je ne me décourage pas encore! J'avoue que marteler à une main me plait beaucoup plus. Sacrément dur, l'apprentissage, car on forge que des grands couteaux...ça complique tout.


4 aout 2011
Les jours suivants se sont passés de la meme manière, ong Kin me laissant chaque jour forger un peu plus! Han est rentré chez lui, mais la très bonne nouvelle c'est que après six mois de thérapies et réeducations diverses, em Thanh peut de nouveau se servir (petit à petit) de son bras gauche (très amaigri). Je vous rappele qu'il a eu un terrible accident de moto à 80km/h il y a six mois.
Je suis ravi de le voir aller mieux car il pensait vraiment ne plus jamais pouvoir utiliser son bras gauche cassé en trois endroits.
Même s'il ne peut pour l'instant pas forger plus de cinq minutes par jour, cela me fait très plaisir de marteler avec lui et sa mère !!


D'autant plus qu'il est dix fois plus patient et contrairement à ong Kin, il m'explique ce que je suis censé faire (ong kin, lui, me donne un morceau d'acier et je suis censé deviner ce que je dois faire avec).


Ông Kin m'a demandé de forger quatre de ces outils ressemblant à une truelle, et qui sont en fait la version vietnamienne de nos plantoirs/petites pelles de jardinage. Forme triangulaire inversée par rapport à la version française. L'une étant pour offrir à ma mère, je l'ai incurvée légèrement car l'utilisation d'un plantoir parfaitement plat risque de ne pas lui plaire!
Cela dit, c'est mon premier outil forgé!! Plus facile qu'un couteau.


Sur la photo le manche n est pas termine. Entre temps je l ai affine a la machette puis ponce au papier verre.


Pour repondre a la question de Jean No :
pour tout ce qui est manche en bois ou en buffle, on perce directement le trou en chauffant la soie au rouge. (en plusieurs fois).
L avantage est que le trou est exactement de la meme forme et taille que la soie. Il suffit a la fin de l encastrer de force. Lorsqu on veut l enlever il suffit de taper dans l autre sens.





J ai donc forge ces 4 plantoirs avec deux morceaux de lame de ressort comme au premier plan.

Bien sur c'est toujours frustrant de ne pas pouvoir essayer de forger ce que je veux et quand j'en ai envie, mais ce n'est pas grave je me rattraperai lorsque j'aurai ma forge.

Mon départ approche à grands pas, et cela se ressent, que ce soit dans la fin de cet apprentissage à l'accéléré, ou bien dans mes discussions avec ong Kin et sa famille. (co Huyen insiste pour que je mange avec eux, on mange maintenant tous ensemble. On sent que ce sont les derniers jours...et je profite autant que possible.

Vous savez, le fait qu'ong Kin me laisse enfin forger tout seul, c'est pour moi une réelle surprise car après 4 mois à faire l'assistant de forge, je n'y croyais plus!
Il est clair que mon coup de gueule a fait accélérer les choses.
En tout cas c'est comme une récompense pour les centaines de couteaux aiguisés et martelés, pour toute la fatigue, les coups durs, etc. C'est la fin!!



Pour JEan No et Bruno,
quelques details du banc etau, vraiment hyper simple a fabriquer (par contre evidemment lorsqu on peut forger la partie acier, c est mieux...sinon le faire a froid).
Toute l astuce tient dans la souplesse et la solidite de la planche qui tiendra la piece.





Par la suite, un simple carre de bois, que l on place de force entre les deux planches, suffira pour tenir l ensemble tres serre, quelle que soit la forme et la taille de lobjet !


La planche du haut doit etre tres souple.



deux lames de hachoir.


Petits fruits ressemblant a du raisin, que co Huyen fait secher pour que je les cuisine en france avec du canard... miam.

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Galerie noir et blanc
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Blog "Une Vie Bovinh"
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Stages photo (reportages et tirage), labo 35mm sous Terre :
http://35mm-sous-terre.blogspot.com/

Recettes de la famille et des amis, testées et approuvées:
http://recettes-en-fete.blogspot.com/



1 commentaire:

  1. c'est une sacrée dame Co HUYEN, beaucoup de courage et sûrmznt de la tendresse à donner. Tu auras été son rayon de soleil cette année ; rien que pour elle cela valait la peine que tu y reviennes.

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